Junko Tabei : première femme au sommet de l’Everest (1975)

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Junko Tabei, première femme au sommet de l'Everest en 1975

Sommaire

Une enfance chétive au Japon d'après-guerre

Financer l'impossible

Ensevelie, puis relevée

Le refus d'être une exception

Sources

Photo : Jaan Künnap (CC BY-SA 4.0)

Ce portrait fait partie d’une série consacrée à l’histoire de l’alpinisme féminin.

« Je n’avais pas l’intention d’être la première femme sur l’Everest. » La phrase surprend, venant de celle qui allait devenir, le 16 mai 1975, la première femme de l’histoire à fouler le sommet du toit du monde. Junko Tabei préférait se présenter autrement : comme la trente-sixième personne, toutes nationalités et tous genres confondus, à avoir accompli cet exploit. C’est peut-être ce refus modeste de la mise en avant personnelle qui rend son histoire, parmi toutes celles de cette série, l’une des plus attachantes.

Une enfance chétive au Japon d'après-guerre

Junko Tabei naît le 22 septembre 1939 à Miharu, dans la préfecture de Fukushima, cinquième d’une fratrie de sept enfants, dans un Japon encore convalescent. Enfant considérée comme fragile, elle découvre la montagne presque par hasard, lors d’une excursion scolaire — une révélation qui la portera, des décennies durant, jusqu’aux plus hauts sommets du monde.
Mais dans le Japon des années 1960, une femme qui souhaite pratiquer l’alpinisme de haut niveau se heurte à un mur social difficile à imaginer aujourd’hui. Des hommes refusent purement et simplement de grimper avec elle ; d’autres supposent, non sans condescendance, qu’elle ne cherche en réalité qu’à trouver un mari au sein du club alpin. Face à cette impasse, Tabei choisit en 1969 de fonder son propre club, le Joshi-Tohan Club — littéralement le « club alpin des femmes » —, refusant d’attendre qu’on lui fasse une place pour s’en construire une elle-même.

Financer l'impossible

C’est ce club qui monte, à partir de 1971, le projet d’une expédition entièrement féminine à l’Everest. Il faudra quatre années d’attente pour obtenir le permis d’ascension nécessaire. Le financement, lui, est un chemin de croix à part entière : contrairement aux expéditions masculines de l’époque, qui trouvent plus aisément des sponsors, les femmes du Joshi-Tohan Club doivent réunir elles-mêmes l’essentiel des fonds. Junko Tabei donne des cours de piano pour y contribuer ; l’équipement, faute de moyens suffisants pour en acheter du tout confectionné, est en partie fabriqué à la main — elle taille elle-même des gants imperméables dans une housse de voiture récupérée. Plus tard dans sa carrière, elle refusera systématiquement tout sponsoring d’entreprise, tenant à préserver l’indépendance totale de ses expéditions — un choix rare, et coûteux, dans le monde de l’alpinisme himalayen moderne.

Ensevelie, puis relevée

L’expédition s’élance en 1975. Le 4 mai, une avalanche s’abat sur le camp installé à environ 6300 mètres d’altitude, ensevelissant Junko Tabei et plusieurs de ses coéquipières sous la neige. Elle en réchappe, dégagée par ses sherpas, contusionnée mais vivante — et surtout déterminée à poursuivre malgré tout l’ascension, comme si l’accident n’avait fait que renforcer sa résolution plutôt que l’entamer.
Douze jours plus tard, le 16 mai 1975, elle atteint le sommet de l’Everest, après avoir franchi une arête sommitale particulièrement effilée. Elle devient ainsi la première femme de l’histoire à réussir cette ascension — onze jours avant la Tibétaine Phanthog, qui gravira le versant nord le 27 mai suivant, devenant à son tour la première femme à atteindre le sommet par cet itinéraire. À elles deux, en l’espace de moins de deux semaines, elles referment définitivement la question qui, jusque-là, restait sans réponse depuis la première ascension masculine de 1953 : oui, une femme peut, elle aussi, atteindre le point le plus élevé de la planète.

Le refus d'être une exception

Ce qui frappe, dans le témoignage même de Junko Tabei, c’est son insistance à se présenter non comme une héroïne isolée, mais comme un maillon dans une longue chaîne de sommiteurs : la trente-sixième personne, dit-elle, pas la première femme. Une manière, sans doute, de désamorcer par avance toute tentation de faire d’elle un cas à part, une exception qui confirmerait la règle plutôt qu’une preuve que la règle elle-même n’avait jamais eu de raison d’être.
Sa carrière ne s’arrête pas à l’Everest. En 1992, elle devient la première femme à avoir gravi les Sept Sommets — les plus hauts sommets de chacun des sept continents. Mais c’est sans doute son engagement ultérieur qui complète le mieux le portrait : préoccupée par la dégradation environnementale des grandes montagnes himalayennes, elle mène des études universitaires sur les déchets accumulés sur l’Everest par plusieurs décennies d’expéditions commerciales, et fonde des associations dédiées à la préservation des environnements de haute montagne. La conquérante devient gardienne des lieux qu’elle avait conquis.
Junko Tabei meurt d’un cancer en 2016. Son héritage tient en une double leçon, à première vue contradictoire mais en réalité parfaitement cohérente : il aura fallu, pour ouvrir la voie, un acte de rupture radical — fonder son propre club, refuser d’attendre une place qu’on ne lui offrait pas — et, dans le même temps, une humilité tenace, ce refus obstiné de se laisser réduire au simple statut de « première femme », comme si son sexe avait quoi que ce soit à voir avec sa compétence de grimpeuse.

Sources

Note sur les sources : la durée exacte de son inconscience après l’avalanche du 4 mai 1975 et l’identité précise du sherpa l’ayant dégagée de la neige n’ont pu être confirmées avec certitude par les sources consultées ; ce portrait s’en tient donc aux éléments les mieux établis.

Junko Tabei, première femme au sommet de l'Everest en 1975

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